L’absentéisme de nos élèves à l’éducation des adultes
lundi 1er décembre 2008
L’absentéisme de nos élèves à l’éducation des adultes : quoi comprendre pour mieux intervenir ? par Alain Drolet, Ph.D. U.Q.A.C PRÉAMBULE
De plus en plus de jeunes et d’adultes effectuent un retour aux études pour reprendre confiance en leurs capacités d’apprendre et dans l’institution et ainsi se donner ainsi un nouvel élan social. Depuis quelques années, nous sommes interpellés par les absences aux cours et la démotivation de nos élèves, une réalité qui heurte sans contredit nos attentes et pratiques professionnelles. Nombre d’études sur le sujet font état d’élèves qui s’ennuient et ne se reconnaissent pas dans l’institution scolaire. Dans la plupart des esprits, l’absentéisme continue de connoter la notion de transgression ou de plaisir indu hors de l’école. La réalité, croyons-nous, ne se veut pas aussi réductrice et exige des nuances que nous voulons soumettre à votre réflexion. Une analyse de la littérature sur la question appuyée par diverses consultations effectuées auprès de gestionnaires, intervenants et enseignants oeuvrant dans le milieu, ont précédé l’écriture de ce document. Ainsi, que comprendre de l’absentéisme de nos élèves ? Qu’est-ce qui ne va pas et que veulent-ils nous dire par ce comportement absentéiste ? Que suscite en nous ce geste d’abstention à l’égard des cours et face à l’école ? Et comment devons-nous interagir avec cette réalité qui fait partie de notre quotidien ? Avant d’entrer dans le vif du sujet, il nous apparaît important de rappeler ce à quoi ces élèves s’attendent en effectuant un retour aux études, les défis et les enjeux identitaires auxquels sont interpellés les centres de formation générale des adultes.
Des clientèles… aux attentes diversifiées…
D’emblée, reconnaissons qu’un grand nombre de jeunes et d’adultes viennent à l’éducation des adultes pour y compléter leurs études secondaires, se doter des acquis nécessaires afin d’entreprendre des études supérieures ou retourner sur le marché du travail. Beaucoup d’entre eux y parviendront sans trop de difficulté. Mais depuis quelques années, nous sommes confrontés à des clientèles de plus en plus jeunes avec des problématiques multiples. Une clientèle scolaire qui « rajeunit et s’alourdit » disent les enseignants et intervenants laquelle se présente avec des besoins et des manques à combler qui ne sont plus seulement d’ordre académique. Pour paraphraser Boris Cyrulnik, des élèves retournent aux études pour « créer du lien et trouver du sens » à leur vie. Bien souvent, ils traînent dans leurs bagages un mode de pensée négatif sur eux-mêmes et sur les autres, enclins à des habitudes de vie altérant sérieusement leur mode de fonctionnement social. Leurs attentes face à l’école ne sont pas toujours claires et souvent mal formulées ou peu éveillées qu’il nous faut décoder à travers des comportements passifs ou revêches. Pour certains, c’est se refaire une réputation scolaire et sociale quand celle-ci a été éclopée à leur passage au secteur des jeunes, que ce soit par le fait de regroupements-classe discriminatoires, de conflits ouverts avec l’autorité ou autres expériences ayant participé à jeter le discrédit sur leur personne. Pour beaucoup d’entre eux, il s’agit de briser une fois pour toute ce sentiment diffus « d’être moins bon et moins bien que les autres ». Ayant étant confrontés souvent à l’échec scolaire et/ou impliqués dans des actions qui les ont mal servis, ils sont plus disposés à faire ce qu’il faut pour se voir reconnaître la capacité d’apprendre et être considérés comme des individus capables de penser par eux-mêmes. Ils espèrent ainsi soutirer l’appréciation des pairs et des personnes en autorité sur des qualités et savoir-faire bonifiant leur image d’eux-mêmes et éradiquer définitivement ce stigmate dévastateur « d’élève en difficulté ». C’est une question de survie identitaire et d’une meilleure reconnaissance. Car, au fond d’eux-mêmes pensent-ils, « viendra-t-elle cette autre opportunité de se prouver à soi et aux autres que l’on est autre chose que quelqu’un ayant des troubles d’apprentissage ou de comportement, résonnant avec cette implacable étiquette de décrocheur(se) ? ». Pour eux comme pour d’autres élèves, quitte à s’y prendre plusieurs fois, c’est remettre sur les rails une histoire mal partie qui a pris une tangente dangereuse. Violence, nonchalance face à l’effort ou abus dans la consommation de psychotropes et de jeux virtuels. D’où l’impératif de trouver un sens à sa vie, de découvrir un intérêt qui les aide à « se pousser » et à raccrocher avec le système. Somme toute, avoir une bonne raison de se lever le matin et se coucher le soir avec la satisfaction d’avoir accompli quelque chose d’important. Rien de moins que de courtiser, enfin, l’espoir. Qui plus est, ils sont conscients qu’ils doivent apprendre à se doter de stratégies de vie plus efficaces qui ne sont plus centrées uniquement sur les émotions, porteuses souvent de décisions et d’actions qui les ont mal servies. On espère retrouver dans cette école, un lieu d’appartenance et de solidarité, un « milieu de vie » où l’on peut partager avec les autres sur ce qu’on vit et ressent, jusqu’à ventiler et remettre en perspective des vécus difficiles pour ainsi accéder à une transformation cognitive. Et ce qui peut faire toute la différence entre un échec scolaire et la réussite, ce sont ces « rencontres » gratifiantes et réparatrices qui font du bien et procurent du mérite, la présence de ce quelqu’un qui nous accorde sa considération, arrivant toujours à point sans qu’on s’y attende vraiment.
Ils sèchent leurs cours ! Que veulent-ils nous dire ?
Quoi comprendre ? Et que veulent nous dire ces élèves qui sèchent leurs cours ? Le dictionnaire définit l’absentéisme comme « le fait d’être fréquemment absent d’un lieu… de ne pas participer à une activité » (Le Petit Larousse 2007). Le bien-fondé de cette définition est qu’elle évoque une situation sans lui porter un à priori d’anormalité ou de pathologie. Bien qu’il comporte un aspect de déstabilisation chez l’individu, nous poserons un regard sur ce phénomène dans ce qu’il constitue un malaise exprimé, une forme de résistance à une situation difficile à supporter, une affirmation de la personne en vue d’une meilleure considération des autres jusqu’à une stratégie consciente ou non pouvant déboucher sur des possibilités insoupçonnées. Différentes interprétations sont proposées par la littérature pour saisir les multiples facettes et les manières de décrire l’absentéisme. En voici quelques-unes ;
• Une difficulté à vivre l’échec scolaire ou son éventualité
L’échec étant souvent vécu comme une honte, une démonstration devant ses pairs et l’institution « qu’on est moins bien ou moins bon que les autres ». Et pour certains élèves, quand vient la réussite que l’on n’a pas su apprivoiser et fait peur ( comme si l’on s’en donnait pas le droit, ne faisant pas partie de nos habitudes et de ce que l’on conçoit de possible pour soi), il en faut si peu pour flancher, se voyant piéger autant par l’angoisse de la réussite que de l’échec.
• Faire le deuil de son enfance et tenter « son autonomie ».
Cela peut constituer pour l’adolescent une façon de chercher à couper tout lien infantilisant, faire le deuil de son enfance pour habiter enfin sa place d’adulte. Dans ces temps d’absence aux cours, émerge ce sentiment de contrôle sur sa vie, ce pouvoir d’échapper aux exigences parentales, d’être le libre arbitre de ses choix et de ses aventures. Ce que l’on appelait autrefois : vivre l’école buissonnière avec les bénéfices secondaires que l’on y trouvait.
* Un temps de répit que certains élèves s’accordent afin de refaire le plein, pour gérer l’anxiété produite par un retour aux études. Que ce soit le fait de travailler ou assumer des responsabilités parentales tout en poursuivant des études, l’élève choisit ses plages horaires pour sécher les cours ou se permettre des retards. • Une forme de contestation dirigée contre l’organisation scolaire, ses méthodes, son mode de fonctionnement ou contre l’attitude des intervenants scolaires. Un désaveu sur la façon que ça se passe. • L’expression d’un malaise identitaire qui attend d’être soulagé. Serge Boimare un directeur pédagogique français et ex-enseignant, disait à cet effet ; « Pour aider ces élèves absentéistes, il nous faut revenir à leurs préoccupations identitaires sans quoi ils ne renoueront jamais avec la situation d’apprentissage » dans Huerre (2006 ;265) • Une façon de mettre en acte son mal-être, d’interpeller l’autre, un appel à l’aide (Cordié). L’absentéisme devient un passage à l’acte du malaise que l’on porte et un appel au secours inconscient. • C’est exister aux yeux des autres par le fait de son absence. Une façon d’attirer l’attention sur soi, de régner par l’étonnant pouvoir de l’absence ( Le Fourn). • Une forme d’affirmation contre la société en place et ce qu’elle représente ; dans laquelle société, le jeune ne se retrouve pas et n’y voit pas sa place. • Une quête de sens, d’affirmation de ses goûts et de son autonomie. (Dubet). Faire le choix de s’investir davantage dans des expériences extra-scolaires pour se donner de la valeur et du mérite. Par exemple, travailler pour un jeune est plus que gagner de l’argent ; c’est se voir reconnaître une certaine autonomie et une notoriété sociale. Le « que fais-tu professionnellement ? » est encore très valorisé dans notre société ; d’où ce compromis que l’élève fait en séchant certains cours pour un rôle social valorisé.
• Un besoin de savoir… par une voie parallèle à celle de l’école. Dans un autre lieu, réapprendre à réfléchir, juger et résonner (Mijella-Mellor). Dans notre société où la course aux diplômes constitue l’illusion d’une sécurité sociale de plus en plus aléatoire et précaire, les vertus d’une école buissonnière peuvent apporter la perspective d’un nouveau chemin, d’un nouvel horizon (Neil). • Un refus et une difficulté de s’investir dans un processus de pensée abstraite, dans un effort intellectuel. Beaucoup de ces élèves sont adeptes du virtuel, ce monde téléréel qui propose des habitudes et des gestes intellectuels, lesquels accaparent leur concentration et s’opposent radicalement à ce que l’école offre. Ils zappent les cours comme ils zappent les émissions de télé. • Un symptôme de phobie sociale ou de phobie scolaire, de processus psychopathologique à venir (névroses, troubles mentaux sévères, etc.).
Qui sont-ils ? Des portraits d’élèves absentéistes.
D’emblée, deux formes principales d’absentéisme sont identifiées par la littérature : l’absentéisme perlé qui vise des tranches horaires, par exemple le lundi matin et le vendredi après-midi ou la fin de l’après-midi ; et l’absentéisme affectif-sélectif, selon le lien avec l’enseignant, la matière ou l’activité suscitant un intérêt ou pas chez l’élève (Huerre,2006). Elles peuvent varier selon les individus et les raisons qui motivent leurs absences aux cours. Mais à quels portraits-types sommes-nous confrontés quand on parle de ces élèves qui s’absentent des cours ? Et quelles sont les ouvertures possibles à une intervention efficace pour relancer ces élèves ?
Le premier type, le contestataire (j’ai mieux à faire que d’aller au cours… c’est de la merde !) est sélectif et revendicatif s’exprimant davantage verbalement ; son absence concerne souvent certaines matières ou certains enseignants (conflit de personnalité et d’autorité) et il revendique surtout contre les méthodes d’enseignement et le caractère rigide du cadre éducatif. Sa socialisation est préservée et il est souvent entouré de jeunes comme lui, planifiant des plages d’absence au cours. Généralement, cet élève n’est pas fermé au dialogue ; sans doute plus direct et confrontant avec les personnes mais il peut se montrer ouvert à la discussion et au compromis. Commencer à aborder cet élève lors d’une rencontre individuelle ou d’un face à face est indiqué bien avant une approche par le groupe, laquelle pourrait tourner à la confrontation ; ceci peut faire toute la différence dans le processus de résolution de problème et dans la façon de contrôler la dynamique du groupe auquel il appartient.
L’évitant (ça me stresse bien plus qu’il se doit.) est sélectif aussi des situations et des matières générant de l’anxiété, anticipe les situations anxiogènes et cherche à se protéger. Les situations qu’il tend à éviter sont des situations d’évaluation ou d’épreuve qui peuvent générer de l’angoisse. Il est du type solitaire ou se limite à quelques connaissances, n’étant pas du genre à socialiser avec les personnes en situation d’autorité. Comme son qualificatif l’indique, il cherchera à éviter les situations et les personnes au lieu d’aborder franchement le problème avec les personnes concernées, préférant la fuite « tranquille », retraits progressifs des cours ou excuses non-fondées sur ses absences. Il nous faut être sensible à ces signes d’anxiété, de détresse…agitation, faciès contracté, signes de nervosité ou comportement inhabituel. Contrairement au précédent, il nous faudra aller vers lui et aborder la question franchement devant même accepter parfois ses refus à la discussion. Car il n’est pas du genre à parler de ce qu’il vit ou le préoccupe vraiment. Il nous faut parfois aborder la discussion sur des sujets plus neutres, sur ses intérêts ou autres sujets moins menaçants pour lui ; question de l’apprivoiser en reconnaissant ses craintes et surtout se montrer patient avec lui.
Le fébrile (je ne vais pas bien… je me sens pas bien.) est dépassé par la situation, épuisé par différents troubles physiques, psychologiques et/ou comportementaux. Il vit un mal-être et beaucoup de stress. Ce type d’élève est en « besoin d’écoute » et il faut être attentif à ces indices de mal-être observables dans la classe et hors classe. Généralement, il va chercher à en parler avec quelqu’un ou va se comporter de façon à ce que l’on s’intéresse à lui et lui prête attention. Par contre, certains demeurent taciturnes et feront tout pour dissimuler leur malaise, de peur d’être jugé ou ne pas être compris. Il se confiera à d’autres élèves empruntant des propos alarmistes ou vagues du style comme ; ah ! moi si je pouvais disparaître…la vie est plate….je suis tanné…maudit, que je file pas…etc. Un fond de tristesse mêlé avec de l’irritabilité pour des riens sont souvent le lot de ces élèves qui apprécieront toujours que l’on s’intéresse à eux.
Le conformiste (je fais ce qu’il faut, rien de plus) vient à l’école sans s’y intéresser vraiment ; ne participe pas à la vie scolaire et ne travaille guère, juste ce qu’il faut ; il ne dérange personne et se plie aux rites scolaires, mais n’y croit pas vraiment. C’est souvent l’ennui, la nonchalance et le vide dans sa vie qui le caractérisent le mieux. Mais au fond de lui, il est en attente de quelque chose, d’un déclic pour se donner un nouvel élan. Louise Langevin (1999 ;51) décrit ces élèves comme suit ; « On retrouve dans toutes les classes ce qu’on peut appeler des drop-in qui sont présents de corps mais très peu d’esprit, et qui sont désengagés vis-à-vis de l’apprentissage sans pour autant abandonner dans l’immédiat ». En sa présence, on peut ressentir de l’ennui jusqu’à devenir irritable à son égard à cause justement du « je m’en foutisme » qu’il dégage. Essayer de connaître ce qui l’intéresse, ses passions, ses intérêts musicaux , ses goûts, etc., sont souvent un début de relation entre élève-enseignant ou élève-intervenant. Parler de tout et de rien avec lui est un bon départ et une bonne façon de préparer le terrain avant de s’engager sur des confidences ou des sujets plus sérieux.
Un autre type, « l’opportuniste » (je fais ce qu’il faut, mais j’ai du retour.), est celui pour qui le fait d’aller à l’école va lui éviter des ennuis ou lui fait profiter de quelques avantages extra-scolaires tels que rester chez les parents, avoir son argent de poche, satisfaire son intervenant social ou agent de probation. Il est souvent obligé par la famille ou le judiciaire à un retour aux études et est repérable facilement d’autant qu’il peut parfois se montrer désagréable et indiscipliné en classe ; difficile de le maintenir à l’école avec de telles motivations. Ceci ne constitue pas un service à lui rendre, à tout le moins se respecter comme institution dans les valeurs que l’on veut promulguer à nos élèves, à moins qu’il soit bien encadré et que nous ayons « une bonne mise au point » avec lui, sa famille ou les intervenants impliqués dans sa décision d’un retour aux études. Comme pour les précédents, il est toujours de mise de regarder avec lui ce qui peut l’intéresser « dans la vie », quitte à lui suggérer d’y penser et revenir là-dessus plus tard. Soyez certain qu’il va y jongler et possiblement qu’il testera votre ténacité dans votre intérêt pour lui, allant jusqu’à démontrer un semblant de nonchalance sur ce que vous lui avez soumis comme questionnement.
Le dernier type, « l’engagé » fait référence à l’élève qui planifie ses périodes d’absences pour profiter de situations et/ou d’expériences qui lui font du bien et lui donne du mérite. Que ce soit un travail à temps partiel dans un dépanneur, faire de la musique avec des copains dans un sous-sol ou bricoler sa vielle auto dans le garage familiale, autant d’expériences qui procurent de la satisfaction et un sentiment d’accomplissement. Il est toujours judicieux d’arrimer ces expériences informelles à nos pratiques éducatives, ce qui permet à l’élève de mieux se projeter socialement et donner du sens à sa démarche académique. Toutes personnalités confondues, ce comportement absentéiste résulte de l’accumulation d’échecs et/ou de malaises, d’une impuissance à faire face aux situations déstabilisantes. Ces élèves réagissent proactivement ou passivement ; ils se retirent d’abord mentalement et ensuite, physiquement ; ce qui constitue le processus d’abandon scolaire( Langevin,1996). Force de constater que cette prise de distance face aux cours peut catapulter certains élèves vers des voies constructives et d’autres possibles dont on ne peut pas toujours soupçonner les bénéfices encourus. Les facettes de ce comportement et les raisons qui le motivent sont multiples nécessitant de le considérer au « cas par cas ».
Et moi, comme gestionnaire, enseignant ou intervenant, comment je vis cela ?
L’absentéisme de nos élèves est souvent l’objet de réactions défensives de la part des enseignants et gestionnaires. Ce qui est humainement normal et prévisible étant donné que ce comportement évoque une répulsion au cours, une abstention marquée par une distance relationnelle et/ou une contestation. Il génère ainsi un ensemble d’appréhensions renvoyant l’intervenant à son impuissance et à son intégrité professionnelle ; la peur de perdre le contrôle de sa classe ou de l’organisation, la crainte d’un effet cascade sur l’ensemble des élèves et la mauvaise image que cela projette auprès des autres établissements scolaires ; l’anticipation de problèmes et de difficultés que l’on veut éviter ou tout simplement ce qui peut nous ramener à notre propre impuissance. Ce faisant, cela peut entraîner de vouloir à tout prix trouver une solution rapide et expéditive ou remettre à l’élève l’entière responsabilité de son comportement. Tout ceci se substituant à la compréhension du besoin de l’élève et de la complexité d’une situation donnée. Elle peut porter sur des actions ou politiques qui apparaissent trop « corsetées » ne permettant pas de réagir au coup par coup des situations individualisées, plus coercitives et tatillonnes que « aidantes ».
De nombreuses études, tant québécoises qu’européennes, ont démontré que le carcan de la réglementation, la complexité et la rigidité des procédures administratives pour interagir avec le phénomène peuvent peser comme un frein, décourager les bonnes volontés ou entraver toute initiative (Huerre,2006 :Langevin,1998).Voici quelques-unes des principales positions défensives et croyances qui peuvent interférer dans la façon d’aborder la situation individuellement et collectivement.
• Laxisme et banalisation : « De toute façon, c’est une tendance générale qui va s’accentuer ou se résorber d’elle-même par le fait du décrochage de l’élève. »
• Radicalisation et exclusion : Ce qui est inadmissible. « Il faut prendre le taureau par les cornes et agir rigoureusement… sinon on va perdre le contrôle ou on risque de perdre la face. »
• Un clivage dans l’aide offerte : « aider ceux qui veulent bien et qui en valent la peine ». Ceux qui nous donnent des signes de bonne volonté parce que leurs conditions de vie et leurs « excuses » nous interpellent davantage et nous apparaissent plus sympathiques. Les autres étant ceux qui nous exaspèrent donc moins attractifs, qu’on juge vite ou facilement qu’il n’y a rien à faire avec eux. • Une « psychologisation » de l’absentéisme : un « problème de motivation ou une pathologie qui nécessite l’intervention des services psychosociaux. ». L’absentéisme est perçu comme une dysfonction individuelle qu’il nous faut traiter. DES SOLUTIONS EXPÉRIMENTÉES ET VALIDÉES…
Nous présentons quelques-unes des solutions expérimentées et validées par les acteurs du milieu qui, de leur point de vue, favorisent la rétention scolaire des élèves et constituent des outils efficaces pour interagir avec l’absentéisme. De petits gestes, un plan d’action organisationnel et une politique des absences.
Nous soumettons à votre réflexion ce qui peut constituer les trois niveaux d’intervention à tenir compte dans la manière d’interagir avec l’absentéisme, les atouts à considérer dans les processus décisionnels et opérationnels ainsi que les questionnements soulevés.
1- De petits gestes quotidiens « À RECONNAÎTRE » Ce sont ces initiatives professionnelles et personnelles développées par les enseignants, gestionnaires et autres intervenants, qui ne sont pas répertoriées dans nos pratiques éducatives. Ils constituent des trucs intentionnels ou non intentionnels, souvent insolites, faisant l’objet parfois de notre étonnement et qui ont des effets tangibles sur la motivation de nos élèves.
2- Un plan d’action organisationnel. Un plan d’action organisationnel regroupe un ensemble de stratégies discutées et adoptées par les acteurs du milieu qui se veulent autant de mesures préventives que curatives afin d’interagir favorablement avec les élèves aux prises avec un comportement absentéiste. En début d’année, ce plan doit faire l’objet d’une discussion sur la question de l’absentéisme, des interprétations qui y sont véhiculées ainsi que sur les solutions à adopter par tous les intervenants du milieu pour le meilleur intérêt de l’élève. En fin d’année, une évaluation du plan d’action et des efforts engagés par tous les acteurs impliqués devrait permettre une meilleure relance pour l’année suivante.
3- Une politique des absences. Cette politique se veut un système d’encadrement et de gestion des absences dans notre établissement. Elle précise le cadre de référence qui fait loi dans l’établissement comprenant les règles à suivre, procédures et limites liées aux absences, le rôle et les responsabilités des intervenants et des élèves. Dans cette politique, peuvent se greffer les valeurs que l’établissement veut édicter, donnant ainsi le ton et sa couleur à l’ensemble des services offerts.
Des atouts à considérer ; 1. Une réflexion du milieu sur la question de l’absentéisme est préalable et porteuse de réussite. 2. Le milieu érige en vertus fondamentales le ratage, les tâtonnements, les essais, les échecs et recommencements. 3. Une centration sur l’élève… un système de tutorat pour tous les élèves à risques ou non. 4. Une valorisation de l’écoute et du dialogue avec des opportunités de rencontre avec l’élève intégrées à la tâche scolaire des enseignants. . 5. Un souci de coopération et de transdisciplinarité. C’est l’affaire de tous et à tous les niveaux d’intervention. 6. Et pourquoi pas une implication des élèves dans un plan d’action relatif aux absences. . Des questions à se poser, entre autres ;
• À quelles « reconnaissances » ou « besoins à répondre » ces élèves s’attendent-ils à un retour aux études ? • Selon vous, quels sont les facteurs d’absentéisme spécifiques à la fréquentation de l’éducation des adultes ? Ceux liés strictement à l’individu, à l’individu dans son contexte de vie, à l’organisation scolaire ou à d’autres déterminants ? • Quel est l’impact de ce phénomène sur notre propre image institutionnelle ou professionnelle ? Et comment avons-nous tendance à réagir, individuellement et collectivement face à cela ? • Ce phénomène a-t-il une influence, un « effet cascade » chez les élèves entre eux ? • Quand faudrait-il considérer l’absence au cours d’un élève comme tolérable, préoccupante, alarmante et inacceptable ? • Quels sont les signes d’alerte de l’absentéisme chez un élève ? • Quels sont les effets à long terme du comportement absentéiste, voire d’un re-décrochage scolaire sur le vécu d’une personne ? • Comment voyez-vous un plan d’action organisationnel pour interagir avec l’absentéisme chez vous ?
P.S. Pour interagir avec moi…vos commentaires et questionnements…un partage de vos expériences… alaindrolet@hotmail.com
Bonne réflexion !
